Histoire du mouvement

Publication : mardi 7 août 2012 Imprimer E-mail

Historique du Scoutisme au Canada et au Québec

Le Canada

Le scoutisme existe au Canada depuis 1908 et est le dixième plus important pays de l’OMMS avec 252 982 membres. Le scoutisme canadien est formé de deux organisations nationales : Boy Scouts of Canada incorporé par une loi fédérale en 1910 (214 374 membres) et l’Association des scouts du Canada incorporée par une loi du parlement canadien en 1969 (38 608 membres). Les relations entre les deux associations sont régies par l’entente " Ensemble-together " signée en 1967. L’Association des Scouts du Canada existe depuis 1961 et est formée de quatre fédérations : L’Atlantique (3095 membres), le Québec (32 595 membres), l’Ontario (2573 membres) et l’Ouest (506 membres).

Le Québec

Le scoutisme québécois a connu ses premières unités au début des années 1920 avec la création, à Longueuil, des Éclaireurs canadiens-français. Très vite il s’est répandu à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Nicolet, Sherbrooke,etc. Grâce au Chanoine Lionel Groulx, l’Église du Québec y voit des qualités d’éducation importantes pour les jeunes. À l’instigation des évêques du Québec, une fédération s’organise au début des années 30. En 1935, le Cardinal Villeneuve signe, au nom des Scouts du Québec, une entente historique avec le Conseil national de Boy Scouts of Canada officiellement la Fédération des scouts catholiques de la Province de Québec. Baden-Powell lui-même donnera son accord à cette entente et le 12 novembre 1936 le Parlement de la Province de Québec votera une loi spéciale constituant la Fédération des scouts catholiques de la Province de Québec.

Au début des années 60, le scoutisme francophone déborda les frontières de la Province de Québec. C’est alors que l’Association des scouts du Canada et l’Association des Guides francophones du Canada furent mises sur pied. La Fédération en 1969 réduisit ses activités au profit de l’Association jusqu’en 1975, date à laquelle, entre autres le Gouvernement du Québec demanda de transiger avec un partenaire québécois. La Fédération fut donc réopérationnalisée.

En 1980, la Fédération des Scouts du Québec et la Fédération des Guides du Québec (créée en 1940) uniront leurs forces pour créer la Fédération Québecoise du Guidisme et du Scoutisme (FQGS). Cette dernière a le mandat de gérer les affaires des deux premières fédérations. Depuis 1995, la FQGS opère sous le vocable plus simple de : " Les Scouts du Québec ".

Depuis plus de 10 ans, malgré de nombreux programmes, le scoutisme connaît une baisse de popularité passant de 47 920 membres (jeunes et adultes) en 1984, à 39 359 membres en 1989, à 36 817 membres en 1994 et à 32 595 membres au 31 mars 1999.

Devant cette perte de membership, la fédération décidait en 1995 de se doter d’orientations visant à la conduite en 2002. " En route vers 2002 " vise à permettre à tous les jeunes du Québec d’être associés aux valeurs du scoutisme, à leur offrir des programmes emballants répondant à leurs désirs de défis et à susciter une plus grande participation des jeunes à la prise de décision. Les orientations toucheront également l’accroissement de la qualité des adultes œuvrant auprès des jeunes et à accroître le membership jeunes de 24 000 à 40 500 jeunes en 2002.

Historique de la FQS

C’est en 1910 que le scoutisme se fit connaître au Canada, soit 3 ans après avoir été fondé en Angleterre par Robert Baden Powell. En 1914, au début de la première grande guerre mondiale, le Conseil Général de la Boy Scout Association of Canada obtenait une charte du Gouvernement fédéral.

La première troupe scoute de langue française fut fondée en 1918 dans la Paroisse Notre-Dame, d’Ottawa. Au Québec, il fallut attendre jusqu’à l’an 1927 alors que la première troupe fut fondée dans la paroisse SAINT-ANTOINE DE LONGUEUIL, sur la Rive-Sud. Le chef Georges Sainte-Marie en fut le fondateur. Il demeura en fonction jusqu’à l’an 1934, alors que le Mouvement scout québécois fut incorporé à la Boy Scout of Canada.

Vers septembre 1922, suite à un voyage à Lourdes, le chef Sainte-Marie a l’occasion de prendre connaissance des Scouts de France. Ces garçons sont en service auprès des malades et des pèlerins. Ils agissent comme brancardiers, servants de messe, service d’ordre, guides, portefaix, secouristes, etc. Les Scouts qui viennent à Lourdes en service ou en pèlerinage ont le droit de camper sur un domaine qui leur est propre, derrière la montagne du " Chemin de la croix ". On y vit conformément à une discipline précise, de fraternité et de belle entraide.

Ce contact fait choc chez M. Sainte-Marie qui n’a que des préjugés contre ce scoutisme " anglais " tel qu’il s’exhibe alors au Canada. En effet, la Boy Scout of Canada apparaît, à l’époque, comme une avant-garde de l’armée, un noviciat militaire. De plus, le scoutisme passe pour être franc-maçonnique. L’Église du Québec elle-même entretient de nombreuses réserves au sujet du mouvement scout " fondé par un Anglais ".

En 1925, le chef Ste-Marie ayant appliquer à l’enseignement privé et devant ouvrir une école en septembre, le problème des loisirs de ses futurs élèves apparaît capital dans la planification des disciplines scolaires qu’il lui faut appliquer. Le Souvenir des Scouts de France lui fait acheter le livre du Père Jacques Sévin o.p., " Le Scoutisme ", où est exposé toute l’adaptation du scoutisme anglais faite par les français afin qu’il serve leur idéal chrétien et français. L’Esprit du mouvement, ses moyens précieux de nature à aider les jeunes à tirer profit de leurs loisirs si nombreux, surtout en cours privés.

Dès l’ouverture des cours, 8 des 14 élèves ont opté pour faire l’expérience avec le Chef Ste-Marie de la formule si réputée de Baden Powell. Ensemble, ils étudient les cadres du mouvement. Ils étudient plusieurs épreuves de badges : secourisme, bricolage, naturalisme, natation, etc…

Les constitutions recommandaient de former un COMITÉ PROTECTEUR dans le but d’enlever au chef le souci et la responsabilité de l’argent, les problèmes matériels, l’achat d’équipement, les locations et réservations de terrains de camp, etc. Consultée, la section de la Société Saint-Jean-Baptiste de Longueuil a d’emblée accepté d’être le protecteur de la troupe.

La naissance du mouvement qui se réclamait de foi catholique impliquait l’obligation d’obtenir l’approbation de l’autorité ecclésiastique. Le curé du temps à Longueuil, l’abbé Georges Payette, homme de grande sagesse et de grande bonté, se contenta d’acquiescer tacitement : " Pas contre, pas pour ". Que le mouvement fasse ses preuves et il S’imposera de lui-même. Telle fut l’interprétation de l’attitude du curé.

Mais la question religieuse était fort importante à cette époque. Le 19 juin 1925, pour en avoir le cœur net, la Société Saint-Jean-Baptiste jugea bon de recourir à l’Ordinaire, et fit une démarche auprès de Monseigneur Georges Gauthier pour obtenir :

  1. l’autorisation de commencer une expérience dans le style des Scouts de France;
  2. d’affilier la troupe au Bureau International des Scouts Catholiques dont le siège était à Rome;
  3. la bénédiction de l’Évêque.

Suite à cette demande, Monseigneur Gauthier fait parvenir au président de la Société Saint-Jean-Baptiste, M. Ovila Moquin, les autorisations sollicitées et sa bénédiction. Le scoutisme pouvait maintenant aller de l’avant, résolument.

En fin de cette première année scolaire de 1924, la troupe avait à son crédit 8 mois de pratique et de théories de base, sorties et vie de plein air, feux de camp, techniques de campisme sauvage, si bien que, d’un commun accord, il fut convenu, pour l’été :

  1. de faire une retraite fermée à la Broquerie de Boucherville, retraite de 2 jours prêchée par le Père Bellavance, jésuite. Toute la troupe d’alors (9 membres et le chef Ste-Marie), font leur promesse selon la formule des Scouts en France, exception faite de servir le Canada au lieu de la France. Cette promesse fut reçue et présidée par l’abbé Hector Quesnel, vicaire et aumônier de la Société Saint-Jean-Baptiste.
  2. Il fut aussi convenu de tenter un camp de 8 jours à l’île Paré, sur la rivière des Milles Isles, à Sainte-Rose, voisin de l’île du séminaire de Sainte Thérèse où vivaient des prêtres en vacances, et près de l’église de Sainte-Rose, d’accès facile et grâce à un immense canot.

À cette époque, les scouts de la 1ère Longueuil se trouvaient au 3e étage de l’hôtel de ville (actuel), grâce à la générosité du maire Alexandre Thurber et au Conseil municipal.

Tout l’équipement requis par la nouvelle troupe francophone fut refusé par la BOY SCOUT OF Canada. Forcés d’avoir recours à d’autres sources, les SCOUTS DE LONGUEUIL s’adressèrent aux SCOUTS DE France qui consentirent fraternellement à remplir leurs commandes. Puis, les parents se mirent à confectionner chemises, foulards, fanions et autres articles.

Dès l’ouverture des classes de la saison 1925 – 1926, la troupe de LONGUEIL reprend ses activités avec l’ardeur inspirée par ses heureuses expériences et l’encouragement des paroissiens de ST-ANTOINE. On inaugure la formule authentique de la vie de patrouille et d’une COUR D’HONNEUR bien dynamique.

À l’automne 1925, le père Adélard Dugré, jésuite, fonde une troupe à la paroisse IMMACULÉE – CONCEPTION de Montréal avec M. Philippe Morel comme chef. Son frêre Guido Morel, avait fondé la veille, la troupe SAINT-JEAN-BERCHMANS avec le curé Alary comme aumônier temporaire.

Sur les conseils du CHANOINE LIONEL GROULX, le nouveau mouvement scout de Montréal prend le nom LES ÉCLAIREURS CANADIENS FRANÇAIS. Les deux nouvelles troupes doivent, elles aussi, avoir recours aux Scouts de France pour tout l’équipement matériel et didactique requis, ceci ayant été, encore une fois, refusé par la Boy Scouts of Canada.

Le chef Ste-Marie de la troupe de LONGUEIL est invité à se joindre aux responsables des 2 nouvelles troupes de Montréal pour que les efforts soient orientés vers un but commun. Un embryon de FÉDÉRATION PROVINCIALE COMMENCE à naître.

Les premières réunions ont pour but de constituer un organisme directeur en vue de promouvoir, réglementer, structurer méthodiquement le mouvement et lui obtenir un statut légal. Une demande de charte provinciale est adressée à Québec en vue d’incorporer le mouvement en société à fins non lucratives, suivant le troisième chapitre de la loi des Compagnies. Le groupement se nommera FÉDÉRATION DES ÉCLAIREURS CANADIEN FRANÇAIS. C’était du coup prendre position CONTRE la Boy Scouts of Canada. De fait, les rapports se durcissent immédiatement entre les deux groupes. La bataille linguistique et nationaliste se fait jour au plan du scoutisme.

La nouvelle fédération se choisit son premier bureau de direction : président : Guido Morel, vice président : Philippe Morel, secrétaire : Georges H. Ste-Marie, aumônier : Adélard Dugré s.j. Un peu plus tard, c’est le père Maurice Beaulieu, jésuite qui lui succédera jusqu’à la fusion des deux entités scoutes (Anglais et Français), en 1934, alors que la société des Éclaireurs fut dissoute. Ces années 1925-1926 sont celles de l’éclatement, mais aussi des premiers gestes courageux et des grandes initiatives : la fondation de la revur scoute " ALERTE ", fondation d’un magasin scout, publication à la MAIN DE MANUELS TECHNIQUES, FICHES, etc.

Diverses manifestations commencent à avoir lieu. À Longueuil, grâce au frère MARIE VICTORIN on lance un concours d’herbiers. Un jésuite, le père Bellavance, assure la promotion pastorale du groupe scout de la Rive-Sud. Les Scouts de Longueil présentent aussi une soirée d’art dramatique au profit de la paroisse Saint-Georges. Les Scouts font du chant Choral aux messes du dimanches, des visites éducatives d’expositions, de navires, d’usines, etc.

Le parrainage de la Troupe de LONGUEUIL est passé aux " Voyageurs de Commerce ", section Longueil. L’abbé Édouard Lafortune, vicaire et aumônier de cette association, devient également aumônier scout. En visite pastorale à la paroisse qui faisait alors partie du diocèse de Montréal, Monseigneur Gauthier fait une rencontre des Scouts " C’EST FACILE, dit-il, DE FONDER UN MOUVEMENT, MAIS PAS FACILE DE LE FAIRE DURER ET PROGRESSER ". L’année 1925 se terminera par une autre retraite fermée, à la Broquerie, suivie d’un camp de 12 jours à Saint-Blaise-sur-le-Richelieu. Matériellement, bien équipée, la Troupe de LONGUEUIL l’était aussi au plan humain et spirituel.

Dès la reprise des activités, à l’automne 1926 la troupe de LONGUEUIL doit refuser des candidats. Un ancien chef de la Boy Scouts of Canada, Ray Grimard, offre ses services comme assistant. La Fédération grandit au delà des espérances.

Des fondations commencent à naître un peu partout : COLLÈGE ST-IGNACE des jésuites, SAINT-IRÉNÉE SAINT CHARLES, COLLÈGE DE MONTRÉAL. Il est question de fondation aux paroisses SAINTE CATHERINE D’ALEXANDRIE, SAINT-JOSEPH DE MISTASSINI, GRANBY, SAINT BONIFACE, etc. Le chef Georges H. Sainte-Marie, aidé de Ray Grimard, fonde une Troupe à SAINT LAMBERT. Elle débutera au début de 1927, grâce au sénateur Rainville qui financera la location d’un local, et au curé Lessard qui déléguera l’abbé Legendre, vicaire, au poste d’aumônier.

La nouvelle fédération manifeste de la vigueur et du progrès à tous les niveaux. Il faut même modérer l’enthousiasme, car il devient matériellement difficile, pour les chefs, de consacrer suffisamment de loisirs pour assurer la bonne marche du mouvement.

Il y a 70 ans…

Alors que le mouvement scout francophone au Canada s'est engagé dans une année historique, qui sera marquée par une restructuration majeure, on se rappellera une autre année historique qui a eu lieu il y a 70 ans.

C'est en effet en 1935 que la Fédération des Scouts catholiques de la Province de Québec, créée un an plus tôt, signa une entente avec la Boy Scouts Association qui permettait au scoutisme canadien-français d'entrer dans la grande famille scoute mondiale.

Baden-Powell, alors âgé de 78 ans, vint en personne contresigner cette entente à Québec, le 27 mai très précisément. Une photo le montre en compagnie de Mgr Rodrigue Villeneuve, fondateur de la Fédération québécoise, après la fameuse signature.

L'accord de 1935 devait être amendé en 1948, puis devenir caduc quand l'Association des Scouts du Canada signa une nouvelle entente avec la Boy Scouts en 1967. Cette dernière entente, légèrement modifiée en 1970 et en 1983, est toujours en vigueur.

Notes historiques sur l'évolution du Scoutisme au Québec

1918

  • Le 29 mars, fondation de la première troupe canadienne-française, la 41e Notre-Dame à Ottawa, reconnue par la Boy Scouts Association (BSA)

1925

Fondation à Longueuil de la première troupe canadienne-française, au Québec, sur l’initiative de Georges Sainte-Marie. Troupe indépendante, parrainée par la 19e Troupe de Paris.

1928

  • En mars, le Père Adélard Dugré, jésuite, publie une brochure intitulée Éclaireurs Canadiens-Français. Et, en juillet, l’Action Française encourage la création du Mouvement scout à Montréal.
  • En septembre, les frères Guido et Philippe Morel fondent les premières troupes à Montréal : en premier lieu, à Saint-Jean Berchmans et en second lieu, à Immaculée-Conception.
  • Fondation de la Fédération catholique des Éclaireurs Canadiens-Français, qui obtient une charte provinciale le 26 juin. Elle compte 5 troupes.
  • En mars, fondation à Québec de la première compagnie de Guides catholiques de langue française, dans le cadre de la C.G.G. Nomination de la première Commissaire canadienne-française, Mlle Blandine Neault,, qui opte pour un Guidisme catholique autonome sans lien avec le Mouvement canadien.
  • Essor rapide du scoutisme, successivement dans les diocèses de Saint-Jean-Longueuil (1925), Montréal (1926, Trois-Rivières (1928), Saint-Hyacinthe (1930), Sherbrooke (1931), Québec (1931), Joliette (1931) et Haileybury (Amos) (1933).
  • Le Guidisme francophone s’affirme d’abord aux diocèses de Trois Rivières en 1931, de Québec en 1932 et de Montréal en 1933.

1935

  • Fondation de la Fédération des Scouts Catholiques de la Province de Québec, reconnue à la faveur d’une entente avec la BSA.

1938

  • Le 22 mars, est formée la Fédération des Guides Catholiques de la Province de Québec (FGCPQ). Cette Fédération regroupe les compagnies des 5 diocèses suivants : Trois-Rivières (1931), Québec (1932), Montréal (1933), Sherbrooke (1935) et Saint-Hyacinthe (1937).

1961

  • Le 3 mars, Fondation de l’Association des Scouts Catholiques du Canada.
  • Le 4 mars, Fondation de l’Association des Guides Catholiques du Canada.

1980

  • Fusion de la Fédération des Guides du Québec (FGS) et de la Fédération des Scouts du Québec (FSQ) pour former la Fédération québécoise du guidisme et du scoutisme (FQGS).